Garrot ou pansement compressif : le bon geste contre l'hémorragie

Appuyer fort d'abord, garrot tourniquet si le sang coule encore : les gestes qui arrêtent une hémorragie grave en attendant le 144, vus lors d'un exercice en forêt.

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· 8 min de lecture

En forêt, un participant ouvre un sac de secours rouge pendant que ses collègues observent

Appuyez d'abord fort sur la plaie. Si le sang coule toujours d'un bras ou d'une jambe, ou si vous ne pouvez pas appuyer, posez sans attendre un garrot tourniquet au-dessus de la plaie. Serrez-le jusqu'à l'arrêt du saignement. Le pansement compressif, lui, garde la pression quand elle suffit. Voici comment choisir, poser le garrot et tenir jusqu'à l'arrivée des secours.

Trois questions pour choisir le bon geste

Face à une plaie qui saigne beaucoup, tout se joue sur deux points : l'endroit de la blessure, et l'effet de la compression. Répondez aux questions, vous obtenez le geste à faire. Les sections suivantes détaillent chaque cas.

Arbre de décision

Garrot ou pansement compressif ?

Où la personne saigne-t-elle ?

Le sang gicle, coule sans s'arrêter ou imbibe vite les vêtements. Faites appeler le 144 par un collègue.

Reconnaître l'hémorragie qui menace la vie

Une coupure au doigt s'arrête en quelques minutes sous une compresse. Une hémorragie menace la vie quand le sang :

  • gicle ou coule sans s'arrêter ;
  • forme une flaque qui s'agrandit, ou imbibe vite les vêtements ;
  • s'échappe d'un membre arraché ou écrasé.

La personne peut aussi devenir pâle, froide, agitée ou confuse : son corps manque de sang, c'est l'état de choc. N'attendez pas ces signes pour agir.

Faites appeler le 144 par un collègue, ou mettez votre téléphone sur haut-parleur, et commencez les gestes tout de suite. En forêt, donnez un repère que les secours trouveront : un chemin, une place de dépôt, des coordonnées.

Le risque n'a rien de théorique. Selon la Suva, les entreprises forestières suisses comptent en moyenne 180 accidents par an avec une tronçonneuse (2010-2019), sur près de 1 700 accidents professionnels en forêt. C'est le scénario que nous avons joué en juin 2026 avec les équipes d'une entreprise forestière. Un bûcheron est blessé à la jambe par sa tronçonneuse ; ses collègues accourent avec le sac de secours.

Comprimer d'abord, puis bander

La pression directe sur la plaie est le premier geste des lignes directrices européennes de premiers secours (ERC 2025), même pour une hémorragie grave. Elle ne demande aucun matériel.

  1. Allongez la personne, au sol ou sur une couverture.
  2. Couvrez la plaie d'une compresse ou d'un tissu propre. Un pansement hémostatique, imprégné d'un produit qui aide le sang à coaguler, fait encore mieux.
  3. Appuyez fort, avec le talon de la main et le poids du corps, sans relâcher pour regarder.

Ne cherchez pas de point de compression à distance de la plaie : les recommandations internationales (ILCOR) le déconseillent fermement.

Le pansement compressif garde la pression

Une fois le saignement maîtrisé, le pansement compressif, ou bandage compressif, libère vos mains. Laissez la compresse en place et serrez-la avec une bande, en plusieurs tours. Le sang traverse ? N'enlevez rien : ajoutez une compresse par-dessus et appuyez de nouveau.

Le pansement compressif de type israélien réunit compresse, bande et poignée de pression dans un seul emballage. La poignée tend la bande sur la plaie, sans nœud à faire : utile quand les mains tremblent.

Le garrot, dès que la compression ne suffit pas

Le garrot tourniquet serre tout le membre au-dessus de la plaie et coupe l'arrivée du sang. Les lignes directrices européennes demandent de le poser dès que possible quand la compression directe ne contrôle pas une hémorragie d'un bras ou d'une jambe. Les recommandations internationales (ILCOR) vont plus loin : sur un membre, elles préfèrent le garrot à la compression seule. Si vous n'en avez pas, appuyez sur la plaie jusqu'à ce qu'on vous en apporte un.

Posé tôt, il sauve des vies. Dans un hôpital militaire de Bagdad, en 2006, 90 % des blessés ont survécu quand le garrot avait été posé avant l'état de choc. Sur les 10 blessés garrottés après, un seul a survécu. Chez des civils au Texas, le garrot posé avant l'hôpital était associé à une mortalité six fois plus faible, à blessures comparables.

En chiffres

Avec ou sans garrot : ce que deviennent les membres

Chez ces blessés civils, le garrot n'a pas fait perdre plus de membres, au contraire : 0,8 % d'amputations avec un garrot posé avant l'hôpital, contre 9,1 % sans garrot.

  • Garrot posé avant l'hôpital (127 blessés)
  • Sans garrot (77 blessés)
Source : Smith et al., Journal of Trauma and Acute Care Surgery, 2019 (204 blessés civils à un membre, blessures pénétrantes, La Nouvelle-Orléans)
Voir les données
Avec ou sans garrot : ce que deviennent les membres
ComplicationGarrot posé avant l'hôpital (127 blessés)Sans garrot (77 blessés)
Amputation0,8 %9,1 %
Fasciotomie12,6 %31,4 %

La fasciotomie est une opération qui ouvre les muscles gonflés d'un membre pour les décomprimer. Elle aussi a été plus rare avec un garrot : 12,6 % contre 31,4 %. Ces chiffres viennent d'une étude d'observation, pas d'un essai contrôlé, mais toutes les études citées ici vont dans le même sens.

Garrot improvisé : le dernier recours

Les recommandations internationales préfèrent un garrot manufacturé à un garrot improvisé. Dans un essai sur un modèle de cadavre, une ceinture en cuir n'arrêtait le saignement que si quelqu'un continuait à la tenir serrée. Une écharpe triangulaire serrée avec un bâton a mieux tenu. Le plus sûr reste un vrai garrot, rangé dans la trousse.

Poser un garrot tourniquet en six étapes

Les règles viennent des lignes directrices européennes 2025 ; le maniement décrit est celui d'un garrot à tige.

  1. Placez la sangle autour du membre blessé, 5 à 7 cm au-dessus de la plaie, jamais sur le coude ou le genou.
  2. Tirez la sangle le plus fort possible, puis fermez-la.
  3. Tournez la tige jusqu'à ce que le saignement ralentisse puis s'arrête.
  4. Bloquez la tige dans son clip pour que le garrot ne se desserre pas.
  5. Notez l'heure de pose, sur le garrot ou sur une étiquette bien visible.
  6. Le sang coule encore ? Posez un deuxième garrot juste au-dessus du premier.

La pose fait mal, et c'est normal. Prévenez la personne, rassurez-la, et laissez le garrot à la vue des secours.

Cou, aisselle, aine : comprimer sans relâcher

Au cou, ou à la racine d'un membre comme l'aine et l'aisselle, un garrot ne peut pas serrer. Pour ces plaies, les recommandations internationales conseillent la compression directe, avec ou sans pansement hémostatique.

Posez la compresse sur la plaie. Si elle est profonde, tassez la compresse à l'intérieur, puis appuyez de tout votre poids. Sans matériel, un tissu propre fait l'affaire. Ne relâchez pas avant l'arrivée des secours ; si vous fatiguez, faites-vous relayer sans lâcher la pression.

Une plaie ouverte de la poitrine est un cas à part : ne la couvrez pas d'un pansement. Si elle saigne, appuyez seulement à l'endroit qui saigne, et suivez les consignes du 144.

Vrai ou faux : sept idées reçues sur le garrot

Ce qui fait hésiter devant un garrot, c'est souvent une idée reçue. Choisissez votre réponse, puis lisez l'explication.

Testez-vous

Sept idées reçues sur le garrot

7 idées reçues

  • Idée reçue n° 1

    « Un garrot fait perdre le bras ou la jambe. »

    Faux. Sur 428 garrots posés à des blessés soignés dans un hôpital militaire de Bagdad, aucun n'a causé à lui seul une amputation. Dans une étude sur des blessés civils aux États-Unis, ceux qui avaient reçu un garrot ont même été moins souvent amputés.

    Source : Kragh, J Trauma 2008 ; Smith, J Trauma Acute Care Surg 2019

  • Idée reçue n° 2

    « Il faut desserrer le garrot de temps en temps pour laisser passer le sang. »

    Faux. Desserrer relance l'hémorragie. Les lignes directrices européennes sont nettes : ne relâchez pas le garrot, seul un professionnel de santé le retire.

    Source : European Resuscitation Council, 2025

  • Idée reçue n° 3

    « Une ceinture fait aussi bien l'affaire qu'un vrai garrot. »

    Faux. Les recommandations internationales préfèrent un garrot manufacturé. Dans un essai sur un modèle de cadavre, la ceinture n'arrêtait le saignement que si quelqu'un continuait à la tenir serrée.

    Source : ILCOR, 2025 ; Cremonini, J Trauma Acute Care Surg 2021

  • Idée reçue n° 4

    « Pour freiner le saignement, on appuie sur un point de compression, loin de la plaie. »

    Faux. Les recommandations internationales déconseillent fermement les points de compression. Appuyez directement sur la plaie.

    Source : ILCOR, 2025

  • Idée reçue n° 5

    « Un garrot bien serré fait mal. »

    Vrai. La douleur est attendue, elle ne signifie pas que le garrot est mal posé. Prévenez la personne, rassurez-la, et ne desserrez pas.

    Source : European Resuscitation Council, 2025

  • Idée reçue n° 6

    « Si le sang coule encore, on peut poser un deuxième garrot. »

    Vrai. Si un garrot bien serré ne suffit pas, posez-en un second juste au-dessus du premier.

    Source : European Resuscitation Council, 2025

  • Idée reçue n° 7

    « On peut se poser un garrot soi-même. »

    Vrai. Le garrot tourniquet de notre boutique se serre d'une seule main et peut s'appliquer sur soi, au bras comme à la jambe. Encore faut-il l'avoir sur soi, et s'y être exercé.

    Source : Fiche du garrot tourniquet

En attendant le 144 : couvrir, surveiller

Le saignement est arrêté, mais la personne a perdu du sang. Gardez-la allongée et couvrez-la, une couverture de survie par-dessus ses vêtements, pour limiter la perte de chaleur.

Restez à côté d'elle et parlez-lui : expliquez ce que vous faites, vérifiez qu'elle répond et qu'elle respire normalement. Si elle perd connaissance et ne respire plus normalement, commencez le massage cardiaque.

Un homme en tenue de forestier couché sur le côté dans les sous-bois grimace ; un collègue à genoux lui parle
Exercice « accident de tronçonneuse », juin 2026 : un collègue reste auprès du blessé (blessure simulée, hors cadre) et lui parle en attendant les secours.

Un doigt ou une main ont été sectionnés ? Gardez la partie coupée au frais en permanence, sans contact direct avec la glace, et remettez-la aux secours.

À leur arrivée, dites-leur ce qui s'est passé, les gestes faits et, s'il y en a un, l'heure de pose du garrot.

Le matériel à garder sous la main

La loi suisse ne dresse aucune liste. L'article 36 de l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3) demande des moyens de premiers secours adaptés aux dangers de l'entreprise. Là où l'on coupe, scie ou découpe, l'hémorragie grave fait partie de ces dangers.

Un participant agenouillé en forêt ouvre un sac à dos de secours rouge à bandes réfléchissantes
Le sac de secours de l'exercice, ouvert en forêt.

Contre une hémorragie grave, la trousse de l'équipe devrait contenir :

  • un garrot tourniquet manufacturé, rangé prêt à poser ;
  • deux pansements compressifs, par exemple de type israélien ;
  • des compresses stériles et des bandes ;
  • des gants jetables et des ciseaux à habits, pour dégager la plaie ;
  • une couverture de survie ;
  • un feutre, pour noter l'heure de pose du garrot.

Rangez-la là où on la trouve en quelques secondes : dans le véhicule de l'équipe, au poste de travail, dans le sac du chef d'équipe en forêt. Un garrot resté au dépôt ne sert à rien au fond de la coupe.

Dans la boutique

Pour arrêter une hémorragie grave

Garrot, pansements compressifs et trousses déjà équipées : le matériel de cet article, avec ce qu'en disent nos fiches.

Tout le matériel de premiers secours

S'exercer avant d'en avoir besoin

Lire une procédure ne suffit pas. Serrer un garrot assez fort, sous le stress, avec des gants glissants, demande de l'avoir déjà fait.

C'est pourquoi nous formons sur le lieu de travail, avec des scénarios tirés du métier : une coupe en forêt, un atelier, une cuisine. Nos modules premiers secours durent deux heures et comprennent un module « Hémorragies et brûlures », adapté à votre activité. Pour aller plus loin, la formation Secouriste niveau 2 IAS (21 heures) inclut la pose du garrot tourniquet.

Vos questions

Jusqu'à ce qu'un professionnel de santé le retire : ce n'est pas au secouriste de le desserrer. Au Texas, les garrots posés à des blessés civils sont restés en moyenne 77 minutes, sans plus d'amputations secondaires que sans garrot (1,1 % dans les deux groupes). Notez l'heure de pose pour les secours.

Les deux premiers désignent la même chose : une compresse maintenue sur la plaie par une bande serrée. Le pansement de type israélien est un modèle prêt à poser, qui réunit compresse, bande et poignée de pression. On le pose plus vite, sans nœud.

IFAK veut dire « Individual First Aid Kit », trousse de secours individuelle. Venue du milieu militaire, elle se porte sur soi et vise surtout l'hémorragie : garrot, pansement compressif, gazes, gants, couverture de survie. En forêt, elle reste à la ceinture ou dans le sac, au plus près du travail.

Aucun texte suisse ne le cite. L'article 36 de l'OLT 3 demande des moyens de premiers secours adaptés aux dangers de l'entreprise. Dans une exploitation forestière, sur un chantier ou dans un atelier où l'on coupe, un garrot et des pansements compressifs répondent à ce risque.

Sources

  1. 1.European Resuscitation Council Guidelines 2025 First Aid (Djärv T et al.), Resuscitation 2025;215 Suppl 1:110752, European Resuscitation Council, octobre 2025
  2. 2.First Aid Guidelines 2025 (texte en accès libre, fondé sur les lignes directrices ERC 2025), Resuscitation Council UK, 27 octobre 2025
  3. 3.First Aid: 2025 International Consensus on Science With Treatment Recommendations, Circulation 2025, International Liaison Committee on Resuscitation (ILCOR), octobre 2025
  4. 4.First Aid 2025, Supplementary Table S1 : recommandations de traitement 2021-2025, ILCOR, 2025
  5. 5.Survival with emergency tourniquet use to stop bleeding in major limb trauma (Kragh JF et al.), Annals of Surgery, 2009
  6. 6.Practical use of emergency tourniquets to stop bleeding in major limb trauma (Kragh JF et al.), Journal of Trauma, 2008
  7. 7.Civilian prehospital tourniquet use is associated with improved survival in patients with peripheral vascular injury (Teixeira PGR et al.), Journal of the American College of Surgeons, 2018
  8. 8.Prehospital tourniquet use in penetrating extremity trauma: decreased blood transfusions and limb complications (Smith AA et al.), Journal of Trauma and Acute Care Surgery, 2019
  9. 9.Evaluation of the efficacy of commercial and noncommercial tourniquets for extremity hemorrhage control in a perfused cadaver model (Cremonini C et al.), Journal of Trauma and Acute Care Surgery, 2021
  10. 10.Éviter les accidents lors de travaux forestiers, Suva
  11. 11.Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), art. 36, Confédération suisse, Fedlex

Cet article informe : il ne remplace ni une formation pratique ni un avis médical. En cas d'urgence, appelez le 144.

Portrait de Christophe Roulin

Écrit par

Christophe Roulin

Co-fondateur de SwissMedSolutions, formateur BLS-AED

Christophe forme aux gestes qui sauvent, en entreprise comme dans les collectivités de Suisse romande.

  • Formateur certifié Swiss Resuscitation Council (SRC)
  • Formateur certifié Interassociation de sauvetage (IAS)
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