Défibrillateur en entreprise : obligatoire en Suisse ?

Aucune loi fédérale ne l'impose. Pourtant, face à un arrêt cardiaque, c'est le défibrillateur posé dans le couloir qui change l'issue, bien avant l'ambulance.

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· 9 min de lecture

Un secouriste monte un escalier en courant, un défibrillateur à la main

Non. En Suisse, aucune loi fédérale n'oblige une entreprise à installer un défibrillateur. La loi oblige en revanche chaque employeur à organiser les premiers secours, et le SECO fixe un objectif précis : un secouriste sur place en trois minutes. Face à un arrêt cardiaque, cet objectif n'a de sens que si un défibrillateur se trouve à portée de main.

La loi impose les premiers secours, pas le défibrillateur

Le texte de référence est l'article 36 de l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3). Il ne nomme aucun appareil. Il demande des moyens de premiers secours adaptés à votre activité :

« Les moyens nécessaires pour les premiers secours doivent être disponibles en permanence, compte tenu des dangers résultant de l'exploitation, de l'importance et de l'emplacement de l'entreprise. »
Art. 36, al. 1 OLT 3Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail

Le SECO, qui explique cette ordonnance aux employeurs, ne cite le défibrillateur qu'une fois : les secouristes doivent savoir l'utiliser « si un tel appareil est disponible ». La Suva résume la situation sans détour : « Même si elles n'en ont pas l'obligation, les entreprises ont de bonnes raisons de s'équiper. »

Deux cantons exigent une annonce au 144

Aucun canton ne rend le défibrillateur obligatoire, mais deux encadrent les appareils installés. À Fribourg, toute installation doit être annoncée à la centrale 144 depuis 2016, avec le nom de la personne responsable de l'entretien. Au Tessin, l'appareil doit être signalé à Ticino Soccorso 144, et son propriétaire répond de son bon fonctionnement.

Ailleurs, à Genève ou dans le canton de Vaud par exemple, l'annonce est volontaire. Elle reste utile : les premiers répondants alertés par le 144 peuvent alors trouver votre appareil.

Trois minutes : l'objectif fixé par le SECO

Le commentaire du SECO va plus loin que l'ordonnance. Quand des employés travaillent, une personne chargée des premiers secours doit arriver sur les lieux « dans les trois minutes » après l'incident. Le SECO recommande aussi un nombre de secouristes selon l'effectif de chaque site :

Secouristes recommandés par emplacement. Source : SECO, commentaire de l'art. 36 OLT 3 (2024).
Collaborateurs sur le siteSecouristes recommandés
1 à 101 à 2
506
1008
25010
Plus de 250Selon votre plan des premiers secours

Pourquoi trois minutes ? Parce que l'ambulance arrive plus tard. Selon la Suva, elle peut mettre 10 à 15 minutes, même en ville. En 2025, 17 % des personnes en arrêt cardiaque en Suisse ont attendu les secours plus de 15 minutes.

Un secouriste qui arrive en trois minutes peut masser. Pour donner un choc, il lui faut un défibrillateur dans le bâtiment.

Les premières minutes décident de la survie

Le registre national SWISSRECA a compté 7 604 arrêts cardiaques hors de l'hôpital en Suisse en 2025. La plupart des témoins savent désormais commencer le massage. Le défibrillateur, lui, reste rare.

arrêts cardiaques hors de l'hôpital en Suisse en 2025
7 604
Source : SWISSRECA
des arrêts observés reçoivent un massage cardiaque d'un témoin
60%
Source : SWISSRECA
seulement voient un témoin utiliser un défibrillateur
11%
Source : SWISSRECA

Le temps joue contre la victime. Sans massage ni défibrillation, ses chances de survie baissent d'environ 7 à 10 % par minute, selon l'American Heart Association. Avec un massage, la baisse ralentit à 3 ou 4 % par minute : le massage fait gagner du temps, le choc corrige le rythme du cœur.

En chiffres

Survie selon la minute du premier choc

Dans ce modèle, un choc à la 10e minute laisse 35 % de chances de survie si quelqu'un a massé dès le début, contre 12 % si personne n'a rien fait.

  • Massage cardiaque immédiat
  • Aucun geste avant les secours
Source : Larsen et al., Annals of Emergency Medicine, 1993 (modèle établi sur des arrêts cardiaques observés aux États-Unis)
Voir les données
Survie selon la minute du premier choc
Premier chocMassage cardiaque immédiatAucun geste avant les secours
0 min67 %67 %
1 min63,8 %61,5 %
2 min60,6 %56 %
3 min57,4 %50,5 %
4 min54,2 %45 %
5 min51 %39,5 %
6 min47,8 %34 %
7 min44,6 %28,5 %
8 min41,4 %23 %
9 min38,2 %17,5 %
10 min35 %12 %
11 min31,8 %6,5 %
12 min28,6 %1 %

Les études de terrain vont dans le même sens. Dans des casinos américains équipés de défibrillateurs, 74 % des victimes choquées dans les trois premières minutes sont sorties vivantes de l'hôpital, contre 49 % quand le choc arrivait plus tard. En Suisse, le Swiss Resuscitation Council vise un défibrillateur posé avant l'arrivée des secours dans 90 % des cas, et prévoit une campagne pour des appareils accessibles jour et nuit, notamment dans les grandes entreprises.

Vrai ou faux : sept idées reçues sur le défibrillateur

Ce qui retient les témoins, ce n'est presque jamais l'appareil. C'est la peur de mal faire. Choisissez votre réponse, puis lisez l'explication.

Testez-vous

Sept idées reçues sur le défibrillateur

7 idées reçues

  • Idée reçue n° 1

    « Un défibrillateur peut choquer quelqu'un qui n'en a pas besoin. »

    Faux. Le DAE analyse le rythme du cœur et ne choque qu'en cas de fibrillation. Dans un grand essai américain mené avec des volontaires, aucun choc inapproprié n'a été délivré.

    Source : Fondation suisse de cardiologie ; Hallstrom, NEJM 2004

  • Idée reçue n° 2

    « Il faut être formé pour utiliser un défibrillateur. »

    Faux. L'appareil donne chaque consigne à voix haute. Les lignes directrices européennes de 2025 le disent : tout le monde peut s'en servir. La formation aide surtout à oser commencer.

    Source : European Resuscitation Council, 2025

  • Idée reçue n° 3

    « Si je me trompe, je risque d'être poursuivi. »

    Faux. Selon le Swiss Resuscitation Council, celui qui réanime en cas de doute n'est pas responsable des dommages causés. Ce qui est punissable, c'est de ne pas porter secours (art. 128 du Code pénal).

    Source : Swiss Resuscitation Council, directives 2025

  • Idée reçue n° 4

    « Il faut vérifier le pouls avant de commencer. »

    Faux. Une personne inconsciente qui ne respire pas, ou pas normalement, est en arrêt cardiaque. Appelez le 144, commencez le massage et faites apporter le DAE.

    Source : Swiss Resuscitation Council, directives 2025

  • Idée reçue n° 5

    « Le bouche-à-bouche est obligatoire. »

    Faux. Chez l'adulte, le massage cardiaque seul suffit. Si vous êtes formé, vous pouvez ajouter 2 insufflations toutes les 30 compressions.

    Source : Swiss Resuscitation Council, directives 2025

  • Idée reçue n° 6

    « On peut utiliser un défibrillateur sur un enfant. »

    Vrai. Pour un enfant de moins de 25 kg (ou de moins de 8 ans), activez le mode enfant si l'appareil en a un, et collez une électrode sur la poitrine et l'autre dans le dos.

    Source : Swiss Resuscitation Council, directives 2025

  • Idée reçue n° 7

    « Une fois installé, un défibrillateur n'a plus besoin de rien. »

    Faux. Les électrodes se remplacent tous les 2 à 5 ans et la batterie tous les 4 à 6 ans, selon le modèle. Un voyant indique si l'appareil est prêt : regardez-le chaque semaine.

    Source : Fabricants (Philips, ZOLL, Mindray)

Choisir un défibrillateur : cinq questions à se poser

Tous les défibrillateurs vendus en Suisse analysent le rythme du cœur et guident l'utilisateur à voix haute. Ils se distinguent sur cinq points :

  1. Qui déclenche le choc ? Un modèle semi-automatique vous demande d'appuyer sur un bouton. Un modèle entièrement automatique le délivre seul, après un compte à rebours.
  2. Qui va s'en servir ? Pour des collègues peu formés, un grand écran ou une aide au massage en temps réel rassure.
  3. Accueillez-vous des enfants ? Préférez un appareil avec un mode enfant ou des électrodes adulte et enfant.
  4. Où sera-t-il installé ? Dehors, choisissez un appareil résistant à l'eau et à la poussière (IP55), dans une armoire chauffée.
  5. Combien d'appareils, sur combien de sites ? Une supervision à distance (Wi-Fi ou 4G) vous prévient quand une batterie faiblit ou qu'une électrode arrive à péremption.

Comparer les modèles

Les quatre défibrillateurs que nous installons

Deux marques, quatre profils : du lieu public très fréquenté au site où l'on veut un grand écran de guidage.

Défibrillateur Mindray BeneHeart C1A

Premiers répondants & lieux publics

Mindray BeneHeart C1A

Plus intelligent, plus rapide, plus puissant

  • 360 J biphasique
  • 1er choc < 8 s
  • IP55 étanche
  • Wi-Fi & 4G
  • FR / DE / EN
Énergie maximale
360 J biphasique compensé
Temps avant 1er choc
< 8 secondes
Mode utilisateur
Adulte & enfant commutable
Langues
Français, Allemand, Anglais
Connectivité
Wi-Fi 2.4 GHz & 4G
Indice de protection
IP55

Installer le DAE : visible, signalé, accessible

Un défibrillateur rangé dans un bureau fermé à clé ne sert à rien la nuit, le week-end ou pendant les vacances du responsable. Les lignes directrices européennes de 2025 sont claires : l'appareil doit être en vue, dans une armoire non verrouillée, accessible 24 heures sur 24.

Une femme sort un défibrillateur d'une borne extérieure verte, signalée par le pictogramme du défibrillateur et le numéro 144
Une borne extérieure : l'appareil est visible, accessible jour et nuit, et le numéro 144 est affiché.

Quatre règles pour qu'on le trouve en quelques secondes :

  • Placez-le sur un passage : hall d'entrée, couloir principal, accueil ou près de l'ascenseur.
  • Signalez-le avec le pictogramme normalisé ISO 7010, blanc sur fond vert, visible depuis les couloirs.
  • Dehors, choisissez une armoire chauffée : beaucoup d'appareils ne sont prévus que pour des températures de 0 à 50 °C.
  • Annoncez-le à la centrale 144 de votre canton, ou au moins sur Defikarte.ch, la carte soutenue par le Swiss Resuscitation Council.

Dans la boutique

Pour installer et signaler votre défibrillateur

Armoires, borne solaire, signalétique et module d'appel : de quoi rendre l'appareil facile à trouver et toujours prêt.

Tous les accessoires

Entretenir le DAE : électrodes, batterie, contrôles

Un défibrillateur est un dispositif médical. La loi sur les produits thérapeutiques demande à quiconque l'utilise à titre professionnel de prendre « toutes les mesures d'entretien qui sont nécessaires pour maintenir les performances et la sécurité » de l'appareil (art. 49 LPTh). Pour une entreprise, le plus sûr est de suivre les instructions du fabricant et de garder une trace de chaque contrôle.

Trois éléments s'usent ou se vérifient :

  • les électrodes, à remplacer tous les 2 à 5 ans selon le modèle, et après chaque utilisation ;
  • la batterie, à changer tous les 4 à 6 ans ;
  • le voyant d'état, qui indique si l'appareil a réussi son autotest : regardez-le régulièrement, par exemple chaque semaine.
Un défibrillateur Mindray relié à un ordinateur portable pendant une mise à jour de son logiciel
Visite de maintenance : contrôle de l'appareil et mise à jour de son logiciel.

Chez SwissMedSolutions, nous entretenons plus de 1 800 défibrillateurs en Suisse romande. Les appareils sous contrat sont suivis à distance ou contrôlés sur place, et leurs consommables sont remplacés avant la date de péremption. Voir nos contrats de maintenance.

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Électrodes et batteries de rechange

Pour les défibrillateurs Mindray, Philips, Cardiac Science et Defibtech. Vérifiez la référence de votre appareil avant de commander.

Tous les consommables

Former vos secouristes : deux heures pour l'essentiel

Un défibrillateur guide n'importe qui. Mais une personne formée agit plus vite, masse plus fort et ose prendre l'appareil. Et le massage compte, même quand l'ambulance tarde.

En chiffres

Survie à 30 jours selon l'arrivée de l'ambulance

Quand un témoin masse en attendant les secours, la survie double ou triple, quel que soit le délai de l'ambulance.

  • Massage par un témoin
  • Personne ne masse
Source : Rajan et al., Circulation, 2016 (7 623 arrêts cardiaques au Danemark)
Voir les données
Survie à 30 jours selon l'arrivée de l'ambulance
Délai de l'ambulanceMassage par un témoinPersonne ne masse
En 5 min14,5 %6,3 %
En 10 min6,7 %2,2 %
Après 13 min3,7 %1,5 %

Le Swiss Resuscitation Council propose deux formats. Le cours BLS-AED-SRC compact dure 1 à 2 heures et s'adresse à tous, dès 12 ans. Le cours complet dure 3 à 4 heures et vise notamment les secouristes d'entreprise. L'attestation est valable deux ans, et le SRC recommande au moins 30 minutes de pratique par an.

Vos questions

Aucun texte ne fixe un nombre. Le bon critère est le temps : un secouriste doit pouvoir aller chercher le DAE et revenir auprès de la victime en 3 minutes environ, l'objectif fixé par le SECO. Un bâtiment étendu ou plusieurs étages peuvent donc demander plusieurs appareils.

Oui. Le DAE guide la personne à voix haute et ne délivre un choc que si le rythme du cœur le demande. Former quelques collègues reste utile : ils osent agir plus vite et massent mieux.

À Fribourg et au Tessin, oui : l'appareil doit être annoncé à la centrale 144. Dans les autres cantons, l'annonce est volontaire mais recommandée, par exemple sur la carte Defikarte.ch soutenue par le Swiss Resuscitation Council.

Selon le modèle, de 2 à 5 ans pour les électrodes et de 4 à 6 ans pour la batterie. La date de péremption figure sur l'emballage. Les électrodes se remplacent aussi après chaque utilisation.

Pas sous ce nom. La loi demande que des personnes formées aux premiers secours soient disponibles, et le SECO veut que cette formation soit rafraîchie régulièrement. L'attestation BLS-AED-SRC est valable 2 ans.

Sources

  1. 1.Ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), art. 36, Confédération suisse, Fedlex
  2. 2.Commentaire de l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail, art. 36, SECO, novembre 2024
  3. 3.Recommandations relatives à l'utilisation de défibrillateurs (DAE), Suva
  4. 4.SWISSRECA, rapport annuel 2025, Interassociation de sauvetage (IAS) et Swiss Resuscitation Council, octobre 2026
  5. 5.Directives de cours 2025, version 1.2, Swiss Resuscitation Council, avril 2026
  6. 6.Stratégie nationale de survie, édition 2026, Swiss Resuscitation Council
  7. 7.Code pénal suisse, art. 128 (omission de prêter secours), Confédération suisse, Fedlex
  8. 8.Ordonnance concernant l'obligation d'annoncer les défibrillateurs externes automatiques (RSF 821.0.19), Canton de Fribourg
  9. 9.Direttive per l'uso dei defibrillatori automatici da parte di personale non sanitario (RL 821.355), Canton du Tessin
  10. 10.Loi sur les produits thérapeutiques (LPTh), art. 49, Confédération suisse, Fedlex
  11. 11.Part 6: Electrical Therapies (Link MS et al.), Circulation 2010;122:S706-19, American Heart Association
  12. 12.Predicting survival from out-of-hospital cardiac arrest: a graphic model (Larsen MP et al.), Annals of Emergency Medicine, 1993
  13. 13.Outcomes of rapid defibrillation by security officers after cardiac arrest in casinos (Valenzuela TD et al.), New England Journal of Medicine, 2000
  14. 14.Association of bystander cardiopulmonary resuscitation and survival according to ambulance response times (Rajan S et al.), Circulation, 2016
  15. 15.Public-access defibrillation and survival after out-of-hospital cardiac arrest (Hallstrom AP et al.), New England Journal of Medicine, 2004

Cet article informe : il ne remplace ni une formation pratique ni un avis médical. En cas d'urgence, appelez le 144.

Portrait de Alexandre Begain

Écrit par

Alexandre Begain

Co-fondateur de SwissMedSolutions, spécialiste des défibrillateurs

Alexandre a co-fondé SwissMedSolutions pour rendre les premiers secours accessibles à toutes les entreprises de Suisse romande. Il s'occupe des défibrillateurs : conseil sur le choix du modèle, installation sur les sites des clients et suivi de leur entretien.

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